Lundi, les bananes, le diesel et le lait du lunch vont se cogner au mur. North Atlantic Bills Clearing, à Londres, et la Compagnie Française de Garantie à l’Export, à Paris, ont prévenu banques et armateurs : ils couperont le financement et l’assurance des cargaisons québécoises à 00 h 01 le 25 si les entrées du deuxième trimestre sont introuvables ou non rapprochées. L’Administration portuaire de Montréal jure que le livre dort dans son coffre. Il n’y est pas. Un duplicata a surgi au Havre avec des sceaux qui ne passent pas le test. Pendant que les complets ferraillent, les familles comptent leurs billets à la caisse.
On n’a plus de patience. Première ministre Élise Gagnon et ministre du Commerce Martin Deslauriers : publiez aujourd’hui les pages cargaison du T2. Invitez un auditeur indépendant à entrer tout de suite. Ministre des Finances Caroline Turcotte : annoncez, avant la fermeture, un aval souverain temporaire. Mettez un montant clair et déposez l’acte publiquement. Ça débloque le crédit et la couverture pendant qu’on vérifie les sceaux. Fini les clins d’œil et les coups de fil de minuit. Mettez les faits sur la table et que les lignes rouvrent.
Publiez les pages T2 aujourd’hui et annoncez un aval temporaire : sinon, le lait de lundi et les créneaux diesel au quai 87 sautent.
On connaît la méthode. En avril 2020, au plus fort des ruptures COVID, les lignes ont tenu parce que Québec a mis un aval provisoire et ouvert les livres aux vérificateurs ; en 2008, à Londres, NABC a resserré la vis puis a relâché quand le collatéral a été déposé. NABC est un chambre de compensation privée, oui, mais elle entend quand HM Treasury et la Banque d’Angleterre règlent la marche. La CFGE est appuyée par l’État, peu importe le papier en-tête ; la Direction générale du Trésor peut faire pression. Aujourd’hui, ils prétendent qu’un ruban brisé et un cachet mal frappé suffisent à étrangler l’économie du fleuve. C’est du chantage avec la bouffe et le carburant.
Ottawa a sa part. D’après les annexes de 1971, la Banque du Canada peut maintenir le règlement en CAD pour les biens essentiels si — et seulement si — Québec dépose un aval temporaire et si un audit indépendant est formellement engagé. Le Bureau du premier ministre connaît la procédure, le gouverneur Tiff Macklem aussi. Avec un aval sur la table et un auditeur nommé, il n’y a aucune raison de couper les règlements des courses de la semaine.
Si les entrées certifiées du T2 ne sortent pas, les règles de risque des banques passent à stop. Ça veut dire pas de nouvelles lettres de crédit. C’est plate, mais c’est final.
Entre‑temps, les petits prennent le premier coup. Des épiciers indépendants à Hochelaga et à LaSalle rationnent déjà bananes, riz et huile. Des importateurs nous disent que les banques n’ouvrent pas de nouvelles lignes sans se battre. Les centres de services scolaires préviennent des coupes de protéines en octobre si les reefers manquent leurs créneaux cette semaine. Les deux tiers de nos aliments de base passent par un navire ; plus de la moitié du diesel et du kérosène aussi. Vous pouvez bluffer un chroniqueur. Vous ne bluffez pas un groupe froid quand la bouche d’aération givre.
On soutient le port et les travailleuses et travailleurs qui le font tourner. Ça ne donne pas un passe‑droit à l’Administration portuaire de Montréal. Le livre devait dormir sur une étagère d’acier derrière une porte avec clé au registre, cire rouge intacte, numéros de duplicata consignés. Il n’est pas là. Le PDG Lucien Beaudry doit plus qu’un haussement d’épaules. Publiez les bordereaux de sortie, la liste des détenteurs de clés et chaque entrée qui touche la nourriture et le carburant. Si la copie du Havre a des pages dans le désordre et des sceaux de travers, montrez l’original ou montrez comment il a marché. Le reste sent le cache.
Regarde, regarde, le barillet n’était pas cassé. Les gens répètent « le coffre était forcé ». Non. C’était le ruban de cire du casier de l’étagère. Pas pareil. Et, regarde, on a gardé les reefers en mouvement à la section 62 — 31 camions par nuit — parce que c’est notre job. Mais on ne peut pas étaler les noms des équipes et les numéros de conteneurs partout. Les voleurs lisent, eux aussi.
Point pris pour les équipes. Rédigez les noms et les numéros de conteneurs. Mettez en ligne, d’ici ce soir, les catégories de cargaison et les escales par navire qui permettent de vérifier les volumes. Transmettez les numéros complets de scellés et le séquencement des pages uniquement à l’auditeur indépendant et aux autorités désignées pour le rapprochement. C’est assez pour protéger les biens et assez pour faire redémarrer le crédit.
Mon grand‑père a posé des pierres au complexe de Beauharnois. Ce cachet de cire rouge, c’est sa parole. S’il est bavé, on l’éclaircit au grand jour. Qu’ils n’osent pas dire que notre ouvrage est croche.
Les outils existent. Le ministère des Finances du Québec peut déposer un aval temporaire auprès de la Banque du Québec, avec un périmètre strict « biens essentiels », arrimé comme toujours à 1:1 au CAD, et une échéance courte. Le gouverneur Hector Gervais sait exactement comment le structurer. Avec ce filet, le bureau des risques du NABC obtient ce qu’il réclame : du collatéral dur. Avec un auditeur nommé, la CFGE n’a aucune excuse pour laisser expirer la couverture des reefers, des céréales et du carburant pendant que les pages sont rapprochées.
HM Treasury, qui surveille NABC avec la Banque d’Angleterre, doit autoriser la poursuite du règlement des lettres de crédit et des traites liées au Québec pendant 30 jours, sur la foi d’un aval québécois publié et d’un audit en cours. La Direction générale du Trésor doit, de son côté, instruire la CFGE de maintenir la couverture sur la même base. C’est une histoire de cachets à vérifier et de formulaires à pointer — pendant que les enfants boivent leur lait la semaine prochaine.
De notre côté du fleuve : le mot d’ordre d’interdire les heures sup chez les débardeurs, à cause de procédures de rattrapage dangereuses, a été entendu. Corrigez ces procédures aujourd’hui. Puis tenez le feu jusqu’à lundi. Un arrêt des heures sup en fin de semaine donnerait à NABC et à la CFGE un alibi. On ne leur en donne pas.
Horloge et coût. Le train de reefers en provenance d’Anvers attendu samedi soir patientera au large si l’assurance s’éteint. Le tanker de Juno Energy prévu dimanche chiffre déjà un détour. La surestarie tombe d’abord sur les chargeurs, puis sur vous, allée des céréales. Les petits exportateurs de pièces sur la rue Saint‑Patrick disent qu’ils sont à une semaine des mises à pied si les lettres de crédit se figent. Le recours collectif qui se prépare contre le Port ne sera pas payé par un greffier londonien. Il sera payé par cette ville.
Voilà la liste. Première ministre Gagnon et ministre Deslauriers : publiez les entrées T2, avec caviardage pour les équipages et la sécurité, et nommez un auditeur indépendant avant midi. Ministre Turcotte : déposez un aval numéroté et limité dans le temps avant l’ouverture des marchés vendredi. Ottawa : instruisez la Banque du Canada de maintenir le règlement en CAD pour biens essentiels, conditionné à cet aval et à l’audit. Paris : gardez la couverture de la CFGE active pendant la fenêtre d’audit. Londres : ne faites pas payer à une ville‑fleuve votre rituel de risque.
Ce matin, à la section 62, les bouches d’aération des reefers givraient déjà, et trois camions‑citernes attendaient sous la bruine au pied de la tour.