Samedi, le Centre météorologique régional de l’ASEAN, à Savannakhet, a hissé le bulletin rouge: cinquième vague de chaleur de l’année, 35 à 37 °C annoncés de la plaine de Khorat au delta inférieur. Le même jour, des scans d’un exemplaire du « Registre des priorités d’eau potable – Éd. 2002 » ont surgi d’un comité de pêche de Kratié, pendant que les Archives de l’ASEAN, ici à Phnom Penh, déclaraient ne pas pouvoir produire l’original. Les alertes et les documents se croisent; à 13 h, le robinet du poste de santé de Chroy Changvar ne donnait plus qu’un filet.
Nous prenons position: pour que les urgences de Kratié tiennent l’eau et que l’aile sud de l’hôpital provincial de Mukdahan reste alimentée, les mesures prévues par le Registre 2002 doivent être activées maintenant par le Secrétariat de l’ASEAN et la Commission du Mékong, et mises en œuvre par les ministres de l’Énergie et de l’Eau du Laos, de la Thaïlande et du Cambodge. Ce texte, opposable, lie les déclencheurs de chaleur aux obligations: transferts inter-barrages pour garantir les minima de débits, délestages industriels obligatoires au profit des hôpitaux publics et des quartiers populaires. Le bulletin rouge vaut signal opérationnel: d’ici 18 h aujourd’hui, la cellule eau–énergie–santé du Secrétariat notifiera l’activation aux ministères; EGAT, Électricité du Cambodge et Électricité du Laos basculeront les tranches prévues vers les hôpitaux et les pompes urbaines.
Bulletin rouge + 36 °C (11–16 h): la cellule eau–énergie–santé du Secrétariat ordonne le délestage industriel au profit des hôpitaux.
À ceux qui, à Bangkok, à Vientiane ou au boulevard Monivong, prétendent que des coupures ciblées sont « impossibles » ou « juridiquement risquées », rappelons l’évidence: l’Accord de Vientiane de 1995 a donné à la Commission du Mékong force d’obligation. EGAT, Électricité du Cambodge et Électricité du Laos négocient des contrats d’achat d’électricité (Power Purchase Agreements, PPA) et des volumes depuis des années; ils savent paramétrer des tranches et piloter des lignes, et les débits écologiques se modulent chaque jour en période d’étiage. L’impossible est un mot coûteux dans la bouche des monopoles, et plus encore dans celle des assureurs.
Couloir d’hôpital provincial avec ventilateurs, thermomètre au mur et files d’attente sous une chaleur écrasante.
Dans les hôpitaux de province, la continuité de l’eau et des groupes électrogènes se joue heure par heure durant l’alerte canicule. Photographie La Revue du Mékong
Objectivement, les délestages dits sanitaires créent, objectivement, une ambiguïté de couverture. Ce n’est pas une force majeure, c’est, objectivement, un acte administratif contesté. Nos polices, objectivement, ne paieront pas sans clarification.
— Narong Theppitak, expert d’assurance, boulevard Norodom, Phnom Penh
Voilà l’argument, poli, assuré, répété. Il rate l’essentiel: le droit applicable ne cherche pas la commodité des sinistres; il protège des vies. Le Secrétariat, qui abrite la cellule eau–énergie–santé, doit aujourd’hui même signifier aux opérateurs que le Registre s’applique, et signifier aux assureurs que toute clause contraire devra s’aligner sur l’ordre public sanitaire régional. Ceux qui ont révisé les contrats d’interruption d’activité en 2022 savaient d’où venait le risque; ils ne peuvent l’invoquer pour immobiliser la règle.
Restons sur le document. À Kratié, le comité de pêche a gardé des copies, parce que les règles de débits gouvernent aussi les passes à poissons et les saisons. Les scans que nous avons vus portent un tampon « Dépôt 2002 » en marge et des tableaux lisibles indiquant des seuils: telles températures de l’air, tels débits libérés, telles tranches industrielles suspendues entre 11 h et 16 h. Ce qui manque aux Archives n’a pas manqué aux rives.
Si on ouvre les vannes pour l’eau des villes, les poissons respirent un peu et les barrages en aval n’étranglent pas; si on retient pour la turbine et pour l’irrigation, on tient le prix du manioc, mais les hôpitaux boivent la poussière. On tient d’un côté, on lâche de l’autre.
— Chhem Vanna, pêcheur, quai de Kratié
Berge du Mékong à l’étiage, bancs de sable découverts et barques échouées sous un ciel laiteux.
Étiage sévère sur le Mékong: les seuils hydriques qui déclenchent les transferts et les délestages sont atteints dès la mi-journée. Photographie La Revue du Mékong
Thermomètre collé au mur d’un service des urgences, groupe électrogène qui cale à midi à Kompong Cham, robinets à la pression d’eau vacillante à Tuol Sangke (Toul Sangké) et à Pakse: l’épisode présent s’évalue en litres, en minutes, en couloirs d’hôpital. Nous demandons, sans délai, la publication intégrale de l’inventaire des priorités d’eau potable et des plans de délestage sanitaire province par province, avec mise en ligne au plus tard le 30 juin.
Le Secrétariat de l’ASEAN doit publier, d’ici vendredi 30 juin, l’inventaire provincial des priorités d’eau et les plans de délestage.
Quant aux Archives de l’ASEAN, l’excuse est irrecevable. Un original déposé manque; cela ne s’explique pas par la chaleur. Le chef du service a autorisé la sortie de l’original pour numérisation sans bordereau de circulation signé: suspension immédiate, et reconstitution du registre de mouvement sous contrôle d’un auditeur indépendant. Les administrations qui travaillent en français depuis 1967 savent ce qu’un registre signifie; quand la pièce maîtresse manque, quelqu’un l’a laissée manquer.
Ceux qui perdront temporairement à l’application stricte du Registre doivent être nommés aussi. Les sucreries de Khon Kaen et les amidonneries du centre lao redoutent un moratoire d’irrigation diurne pendant toute la durée de l’alerte. Elles invoquent l’emploi, le contrat et la saison, et elles ont à moitié raison: le coût existe, et les prix du riz et du poisson, déjà tendus, pourraient s’en ressentir. Mais ce coût ne peut pas primer sur l’eau potable et les hôpitaux. Moratoire diurne dès aujourd’hui, avec contrôles publiés et amendes progressives; à elles de prouver qu’elles irriguent la nuit comme le prévoient les protocoles.
Façade du Secrétariat de l’ASEAN à Phnom Penh, gardes et visiteurs à l’ombre, vibration de chaleur en fin d’après-midi.
Phnom Penh: au Secrétariat, l’activation des règles CDM et la publication des plans sont attendues avant 18 h. Photographie La Revue du Mékong
Nous soutenons en revanche la création immédiate par le Secrétariat et la Commission du Mékong d’un fonds régional d’urgence dédié aux hôpitaux de province: carburant des générateurs, citernes mobiles, achats d’osmoseurs et de packs de glace médicale. Ce fonds, doté par redéploiement des lignes climatiques existantes et une contribution exceptionnelle des opérateurs électriques, s’emploie où le besoin est mesurable: Kompong Cham, Savannakhet, Mukdahan, Kratié. Les assureurs veulent de la « clarification »? Qu’ils publient d’abord leurs circulaires internes sur les interruptions sanitaires; la transparence se paie en réassurance, pas en rhétorique.
Parlez-moi d’eau, d’accord, mais qu’on commence par changer les ventilateurs cassés qu’on ne remplace jamais. Les malades cuisent avant même la perfusion.
— Sok Dara, brancardier, Hôpital provincial de Kratié
Cette colère périphérique n’est pas hors sujet. L’État qui se veut ferme avec EGAT, Électricité du Cambodge et Électricité du Laos doit être ferme chez lui. Les directeurs d’hôpitaux rendront publics, cette semaine, leurs plans canicule et l’état des équipements de rafraîchissement pièce par pièce; les régies d’eau listeront les quartiers qui passent en priorité et les bouches à incendie qui restent sous pression vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pas d’effets d’annonce, des listes, des heures, des vannes ouvertes.
À Savannakhet, le CMR-ASEAN a fait son travail en publiant un bulletin rouge, clair. À Phnom Penh, le Secrétariat doit faire le sien en mettant en marche le Registre 2002, même s’il a disparu de l’armoire où il devait dormir. Au plus tard à 18 h, mardi 27 juin, l’ordre d’activation et l’inventaire provincial seront en ligne sur le site du Secrétariat.